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Cinéma & Séries

Mati Diop, Kaouther Ben Hania, Ramata-Toulaye Sy : la décennie des réalisatrices

Cannes, Berlin, Venise : en dix ans, les cinéastes africaines sont passées des marges à la compétition officielle.

Équipe Afrollywood MagazineJuin 20267 min de lecture

Réalisatrice africaine derrière une caméra de cinéma sur un plateau
Une réalisatrice dirige sa scène : la nouvelle génération occupe le cadre.Illustration éditoriale — Afrollywood Mag

En mai 2019, Mati Diop présente « Atlantique » en compétition officielle à Cannes. Elle est la première femme noire à y accéder dans les soixante-douze ans d'histoire du festival. Le film — une histoire d'amour hantée, sur fond de départs en mer depuis Dakar — repart avec le Grand Prix. Le geste est aussi une filiation : Mati Diop est la nièce de Djibril Diop Mambéty, auteur de « Touki Bouki » (1973).

Berlin 2024 : « Dahomey » et les objets qui parlent

Cinq ans plus tard, la même cinéaste remporte l'Ours d'or à la Berlinale avec « Dahomey », documentaire de soixante-huit minutes qui suit le retour au Bénin, en novembre 2021, de vingt-six œuvres royales pillées par les troupes françaises en 1892 et conservées au musée du quai Branly. Le film donne littéralement la parole à une statue et filme les débats d'étudiants de l'université d'Abomey-Calavi sur ce que restitue — ou non — une restitution.

La Tunisie en compétition permanente

Kaouther Ben Hania s'est imposée comme l'une des voix les plus régulières des grands festivals. « La Belle et la Meute » (2017) est à Un certain regard ; « L'Homme qui a vendu sa peau » (2020) est nommé à l'Oscar du meilleur film international, une première pour la Tunisie ; « Les Filles d'Olfa » (2023), objet hybride entre documentaire et reconstitution, est sélectionné en compétition à Cannes puis nommé à son tour aux Oscars dans la catégorie documentaire.

En 2023 également, la Franco-Sénégalaise Ramata-Toulaye Sy présente « Banel & Adama », tourné en peul dans le nord du Sénégal, en compétition à Cannes pour un premier long métrage — situation rarissime. La même année, le Sénégalais Baloji, cinéaste et musicien congolais, obtient le prix de la Nouvelle Voix à Un certain regard avec « Augure ».

« On ne demande pas à un cinéaste européen de représenter l'Europe. Nous, on nous demande sans cesse de représenter un continent. »

Une réalisatrice sénégalaise, table ronde du FESPACO 2023

Ce que ces sélections changent — et ne changent pas

Ces reconnaissances ont un effet direct : accès aux fonds internationaux (Aide aux cinémas du monde du CNC, World Cinema Fund de la Berlinale, Fonds Image de la Francophonie), aux ventes internationales, aux résidences d'écriture. Elles ne règlent pas la question de la diffusion sur le continent : « Atlantique » comme « Dahomey » ont été vus par bien plus de spectateurs à Paris, Berlin ou New York qu'à Dakar ou Cotonou, faute de salles et de circuits de distribution.

C'est le paradoxe assumé de cette génération : primée à l'extérieur, elle revendique un travail ancré à l'intérieur — langues locales, équipes formées sur place, sujets qui n'attendent pas la validation du Nord. Les initiatives de distribution alternatives, cinémas mobiles, ciné-clubs, projections de plein air, sont devenues une part du métier autant qu'un supplément militant.

Sources

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