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Nollywood : anatomie de la deuxième industrie du film au monde

Née d'une cassette VHS en 1992, l'industrie nigériane produit aujourd'hui plus de mille films par an et négocie son virage streaming.

Équipe Afrollywood MagazineJuillet 20269 min de lecture

Équipe de tournage nigériane en pleine prise de vue dans une rue de Lagos
Tournage en extérieur à Lagos : équipe réduite, cadences serrées, le modèle Nollywood.Illustration éditoriale — Afrollywood Mag

L'acte de naissance de Nollywood tient dans un lot de cassettes vierges. En 1992, le commerçant Kenneth Nnebue, à Lagos, cherche à écouler un stock de VHS importées. Il finance un thriller en igbo, « Living in Bondage », histoire d'un homme qui sacrifie sa femme pour s'enrichir. Le film s'écoule à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires sur les marchés d'Idumota et d'Onitsha. Le modèle est trouvé : tournage rapide, budget minuscule, distribution directe en vidéo.

Trente ans plus tard, le Nigeria produit, selon le Bureau national des statistiques, entre 1 000 et 2 500 films par an — le plus gros volume mondial après l'Inde, devant les États-Unis. Le secteur des arts, du divertissement et des loisirs pèse un peu plus de 2 % du PIB nigérian et emploie, directement et indirectement, plusieurs centaines de milliers de personnes.

Du marché de rue au multiplexe

Le tournant s'opère à la fin des années 2000 avec la « New Nollywood » : des films tournés en numérique haute définition, exploités en salles. « The Figurine » de Kunle Afolayan (2009) puis « Ijé » de Chineze Anyaene ouvrent la voie. La comédie « The Wedding Party » (2016) devient le premier film nigérian à dépasser les 400 millions de nairas de recettes, record battu depuis par « Omo Ghetto: The Saga » (2020) et « A Tribe Called Judah » de Funke Akindele, premier film nigérian à franchir le milliard de nairas au box-office national, fin 2023.

Le parc de salles reste pourtant le goulot d'étranglement : le pays compte moins de 150 écrans pour plus de 220 millions d'habitants, concentrés à Lagos et Abuja. Les chaînes Filmhouse et Silverbird portent l'essentiel de l'exploitation.

L'ère du streaming, et ses limites

Netflix arrive au Nigeria en 2016, puis passe à la production locale : « Lionheart », réalisé par l'actrice Genevieve Nnaji, devient en 2018 le premier film original nigérian de la plateforme. Il défraie la chronique en 2019 lorsque l'Académie des Oscars le disqualifie de la catégorie du meilleur film international, ses dialogues étant majoritairement en anglais — langue officielle du pays. Amazon Prime Video suit en 2022 avec des accords de production.

Le mouvement s'est depuis refroidi : à partir de 2024, les deux plateformes ont réduit leurs commandes d'originaux africains, recentrant leurs investissements. Les producteurs nigérians y voient un rappel : la dépendance à un guichet unique est un risque industriel. D'où le retour en force des modèles hybrides — salles, télévision payante, plateformes locales comme IrokoTV ou Showmax — et l'essor de la coproduction régionale avec le Ghana, l'Afrique du Sud et le Kenya.

« Nous avons prouvé que nous savions produire vite et beaucoup. La question désormais est de savoir combien nous gardons de la valeur créée. »

Un producteur de Lagos, cité lors du forum du Marché du film africain

Ce qui bloque encore

Trois freins structurels demeurent : le piratage, qui capte une part considérable des revenus ; l'accès au financement, la plupart des banques nigérianes considérant encore le cinéma comme un actif non bancable ; et la formation technique, notamment aux métiers du son, de l'étalonnage et de la post-production, largement sous-traités hors du pays. Le fonds public Project Act Nollywood et les initiatives de la Bank of Industry ont commencé à y répondre, sans changer l'échelle du problème.

Sources

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