Une grande partie des films africains des années 1960 à 1990 a été tournée avec des moyens techniques européens : pellicule achetée en France, développement à Paris, montage et mixage en Europe. Résultat : les négatifs originaux sont souvent restés dans des laboratoires étrangers, parfois liquidés depuis, tandis que les copies d'exploitation circulant sur le continent se sont dégradées sous l'effet de la chaleur et de l'humidité.
Les grandes campagnes de restauration
Le World Cinema Project, créé par Martin Scorsese au sein de The Film Foundation, a restauré en 4K plusieurs œuvres majeures : « Touki Bouki » de Djibril Diop Mambéty (Sénégal, 1973), « Soleil Ô » de Med Hondo (Mauritanie, 1970), « La Noire de… » et « Borom Sarret » d'Ousmane Sembène, ou encore « Al Momia » (« La Momie ») du cinéaste égyptien Shadi Abdel Salam. Ces restaurations, réalisées avec la Cineteca di Bologna, sont revenues en projection dans les festivals du continent.
La Cinémathèque africaine de Ouagadougou, adossée au FESPACO, conserve pour sa part plusieurs milliers d'éléments — bobines, affiches, photographies — et mène depuis les années 2010 un travail de numérisation, avec l'appui de partenaires internationaux. La cinémathèque de Tanger au Maroc et les archives de l'Institut du monde arabe complètent le dispositif pour l'Afrique du Nord.
Du film à l'objet : le précédent de Dahomey
La question du patrimoine filmique croise celle, plus médiatisée, des œuvres d'art. En novembre 2021, la France a restitué au Bénin vingt-six pièces des trésors royaux d'Abomey, pillées en 1892 — restitution documentée par Mati Diop dans « Dahomey », Ours d'or 2024. Le rapport Sarr-Savoy remis en 2018 au président français estimait qu'une part écrasante du patrimoine culturel africain matériel se trouve hors du continent.
« Une archive n'est pas un stock : c'est une condition de possibilité pour écrire son histoire. »
Restaurer un film coûte cher — plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un long métrage — et suppose un accès juridique aux éléments d'origine, souvent détenus par des ayants droit dispersés. C'est pourquoi les professionnels plaident pour des politiques publiques d'archivage à l'échelle régionale, et pour que les restaurations s'accompagnent systématiquement d'un dépôt de la copie numérique dans une institution africaine.



