Le rapport de l'UNESCO sur l'industrie du film africain, publié en 2021, avance un chiffre qui résume tout : l'Afrique compte en moyenne un écran de cinéma pour environ 787 000 habitants, contre un pour 20 000 environ en Amérique du Nord. Plus de la moitié du parc de salles du continent se concentre en Afrique du Sud, en Égypte, au Maroc et au Nigeria.
La grande fermeture
Ce désert n'est pas originel. Dans les années 1970, le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali et le Cameroun disposaient de réseaux de salles populaires, souvent en plein air. Les programmes d'ajustement structurel des années 1980-1990, la privatisation ou la liquidation des sociétés nationales de distribution, l'arrivée massive de la VHS puis du DVD piraté ont vidé et fermé la majorité de ces lieux. À Dakar, la plupart des salles historiques ont été converties en commerces ou en lieux de culte.
Les réouvertures
Depuis une dizaine d'années, un mouvement inverse s'amorce. Au Burkina Faso, le Ciné Guimbi de Bobo-Dioulasso, salle mythique fermée en 2010, a rouvert en 2021 après une campagne de financement participatif portée par l'association Les Amis du Ciné Guimbi. Au Sénégal, le cinéma Pathé de Dakar, ouvert fin 2022, a ramené l'exploitation en multiplexe dans la capitale. Le groupe marocain et les chaînes sud-africaines Ster-Kinekor et Nu Metro poursuivent leur maillage régional.
En parallèle, des dispositifs légers se multiplient : cinémas numériques ambulants au Mali et au Niger, projections de quartier au Kenya, festivals itinérants. Le collectif Cinéma Numérique Ambulant, actif depuis 2001, revendique des milliers de projections gratuites en zones rurales dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.
Un enjeu économique, pas seulement culturel
Sans salles, pas de recettes locales ; sans recettes locales, pas d'amortissement possible en dehors des fonds internationaux, et donc une dépendance durable aux financements du Nord. Les professionnels réclament trois leviers : une fiscalité incitative sur la construction d'écrans, des quotas de diffusion pour les films africains sur les chaînes nationales, et l'harmonisation des marchés régionaux — un film ouest-africain circule aujourd'hui plus facilement à Bruxelles qu'entre Abidjan et Accra.
« Un film qui ne rencontre pas son public chez lui n'a fait que la moitié du chemin. »



