Musique & Culture · Grand portrait

Asake, le phénomène nigérian qui redessine les frontières de la musique africaine

De Lagos aux grandes scènes internationales, Asake fait dialoguer héritage yoruba, afrobeats et amapiano. Portrait d’une voix qui transforme ses racines en horizon.

Équipe Afrollywood Magazine · 12 octobre 2026 · 6 min de lecture

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Couverture Afrollywood Magazine consacrée au chanteur nigérian Asake
Asake à la Une : une signature musicale nigériane, un horizon international.Couverture fournie par Afrollywood Magazine
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Il est des artistes dont la singularité se reconnaît avant même que le refrain arrive. Chez Asake, elle tient à une voix, à une pulsation, à cette manière de faire entrer le collectif dans la chanson. L’énergie de Lagos ne s’y présente pas comme un décor : elle devient une langue musicale. Entre héritage yoruba, afrobeats et influences amapiano, le chanteur nigérian construit un univers qui voyage sans effacer son point de départ.

Son parcours intéresse bien au-delà du cercle des amateurs d’afrobeats. Il pose une question qui traverse aujourd’hui la musique, le cinéma et la mode du continent : comment prendre sa place dans la circulation mondiale des œuvres sans se laisser réduire à une image attendue de l’Afrique ? Asake n’apporte pas une réponse théorique. Il propose une trajectoire, des disques, une présence scénique — et une identité sonore.

De Lagos à une signature reconnaissable

L’année 2022 marque un tournant dans son ascension. Avec Omo Ope, enregistré avec Olamide, puis Sungba, Peace Be Unto You (PBUY) et Terminator, Asake installe une série de titres qui dessinent déjà les contours de son langage. Olamide et le label YBNL Nation occupent une place importante dans cette étape de son parcours. Son premier album, Mr. Money with the Vibe, rassemble cette énergie et donne une cohérence au phénomène.

La force de cette entrée en scène n’est pas seulement celle d’une succession de morceaux. C’est la naissance d’une proposition immédiatement identifiable : des refrains portés par les voix, un mouvement qui fait de la danse une composante du récit et une musique profondément attachée à la culture populaire nigériane. La chanson ne se contente pas de raconter ; elle invite à rejoindre un espace commun.

Le yoruba comme centre de gravité

Réduire Asake à une étiquette afrobeats serait manquer une partie de ce qui le distingue. La présentation officielle de l’Accor Arena décrit une musique à la croisée du fújì, de l’Afropop et de l’amapiano, nourrie de récits inspirés par la culture yoruba. Ces références ne sont pas interchangeables. Elles forment des héritages et des circulations que son travail met en relation.

L’amapiano, venu d’Afrique du Sud, rencontre ici un ancrage nigérian. Le chant, les percussions et la place donnée aux réponses collectives participent d’une même construction : faire du rythme une forme de conversation. Le yoruba, l’anglais et le pidgin nigérian deviennent les fils d’une même identité musicale. L’enjeu n’est pas de gommer les différences de langue, mais de les faire habiter ensemble.

Pour un public international, tout ne passe donc pas par la compréhension immédiate de chaque mot. La voix, la répétition et le mouvement ouvrent d’autres portes. C’est aussi ce qui rend cette trajectoire culturellement intéressante : le local n’y est pas l’obstacle à franchir avant d’atteindre le monde. Il est la matière même de la proposition artistique.

Des albums qui élargissent l’horizon

Après Mr. Money with the Vibe en 2022, Work of Art paraît en 2023. Le titre Amapiano, avec Olamide, vaudra à Asake une nomination aux Grammy Awards de 2024 dans la catégorie Best African Music Performance. Le disque prolonge sa signature tout en l’inscrivant dans un paysage où les musiques du continent dialoguent de plus en plus directement entre elles.

En 2024, Lungu Boy élargit encore le cadre. Les collaborations avec Wizkid, Travis Scott et Stormzy dessinent des passerelles avec d’autres scènes, sans faire disparaître le centre nigérian du projet. MMS, avec Wizkid, sera nommé dans la même catégorie aux Grammy Awards de 2025. Il s’agit bien de nominations, et non de victoires : une distinction essentielle pour raconter son parcours avec précision.

En 2026, M$NEY ouvre un nouveau chapitre. Plutôt que de raconter cette évolution uniquement à travers les classements, on peut la lire à travers les formes choisies pour présenter la musique. Le passage du disque à une performance orchestrale à Londres donne à cette étape une autre dimension : les chansons deviennent aussi une matière à réinterpréter sur scène et à transmettre par l’image.

À Londres, la musique prend une autre échelle

Dans une publication datée du 24 juillet 2026, Spotify revient sur une soirée organisée en juin au Theatre Royal Drury Lane de Londres. Asake y présente M$NEY, accompagné d’un orchestre de plus de quarante musiciens. La performance donne naissance au film de concert réalisé par Becky Garner et à l’album M$NEY Live in London (Spotify Live).

Le dispositif retient l’attention parce qu’il fait se rencontrer plusieurs façons de vivre la musique : l’intensité d’une performance, le travail d’arrangement et la possibilité de revoir le concert sous une forme filmée. Il ne s’agit pas d’opposer la scène populaire à l’orchestre, ni de considérer que l’une aurait besoin de l’autre pour acquérir de la valeur. C’est un changement de cadre, une nouvelle manière de déployer le même univers.

Pour un magazine attentif aux images autant qu’aux sons, ce prolongement compte. Le film de concert est une œuvre de transmission : il organise un regard sur l’artiste, sur les musiciens, sur la relation entre la scène et la salle. La réalisation de Becky Garner appartient ainsi pleinement au récit de ce projet, aux côtés de la performance d’Asake.

Londres et Paris : les rendez-vous annoncés

Au 12 octobre 2026, deux dates européennes de la tournée In God We Trust World Tour sont annoncées par les salles : le 15 octobre à The O2, à Londres, et le 24 octobre à l’Accor Arena, à Paris. La page officielle parisienne mentionne BNXN et TxC en première partie. Ces rendez-vous sont présentés ici comme des concerts annoncés, pas comme des événements déjà tenus.

Pour les publics africains et afrodescendants en France, comme pour tous ceux qui suivent cette scène, la date parisienne ouvre un espace de rencontre autour d’un répertoire nigérian devenu international. On ne peut pas anticiper la soirée ni en écrire le compte rendu avant qu’elle ait lieu. Mais sa programmation dit déjà quelque chose de la place donnée à ces musiques dans les grandes salles européennes.

Le rayonnement, et ce qu’il reste à construire

L’histoire d’Asake ne se résume pas à la reconnaissance extérieure. Elle invite à regarder les conditions qui permettent aux œuvres de circuler : production, distribution, droits, travail des équipes, images et accès aux scènes. Le succès d’un artiste et le développement durable d’une filière ne sont pas exactement la même chose. Les confondre empêcherait de voir les enjeux derrière le rayonnement.

Cette réflexion rejoint les transformations du cinéma, de l’animation et de la mode africains. Dans chacun de ces domaines, la visibilité importe ; la capacité à fabriquer, accompagner et faire vivre les œuvres importe tout autant. Asake offre un point d’observation de cette dynamique, pas la preuve que tous ses défis seraient déjà résolus.

Ce qui demeure, au-delà des dates et des distinctions, c’est une proposition culturelle forte : faire de ses attaches un moteur plutôt qu’une limite. De Lagos aux scènes internationales, Asake rappelle qu’une voix peut élargir son horizon sans perdre son accent. Pour Afrollywood Magazine, c’est là que ce portrait trouve son sens : raconter un artiste, mais aussi écouter le monde qu’il contribue à rendre audible.

Pour prolonger l’écoute

La discographie d’Asake sur Apple Music

Sources & repères

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